FranceUne foule immense rassemblée à Paris contre l’antisémitisme
La capitale française a accueilli dimanche une grande marche républicaine qui se voulait une réponse à l’explosion du nombre d’actes hostiles aux Juifs.

Une foule très nombreuse et un signal adressé par les Français: plus de 100’000 personnes ont défilé dimanche à Paris pour la «grande marche civique» contre l’antisémitisme, en présence d’une bonne partie de la classe politique française dont l’extrême droite, mais sans le chef de l’Etat ni l’opposition de gauche radicale. Il s’agit de la plus forte mobilisation contre l’antisémitisme depuis la marche de protestation contre la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990.
Foule compacte
«Pour la République, contre l’antisémitisme»: derrière ce mot d’ordre, la tête du cortège s’est élancée depuis le parvis de l’Assemblée nationale avant de s’arrêter à plusieurs reprises pour entonner la Marseillaise. Peu de pancartes ou de banderoles, mais les drapeaux tricolores étaient de sortie. L’esplanade des Invalides, point de départ de la marche, est restée longtemps emplie d’une foule compacte, témoignant d’une très forte affluence. Les manifestants étaient précisément 105’000 à Paris, selon la police.
Un carré de personnalités politiques, au premier rang desquelles les deux têtes du Parlement, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, à l’initiative de cette marche, ainsi que la Première ministre Elisabeth Borne, les ex-présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, et le président du Crif Yonathan Arfi. Plus tôt dans la journée, d’autres rassemblements ont réuni des milliers de personnes à Lyon, Nice ou Strasbourg.

«Pas envie de me cacher»
«Je ne pensais pas devoir manifester un jour contre l’antisémitisme», a témoigné auprès de l’AFP Johanna, 46 ans, secrétaire médicale en Seine-Saint-Denis, venue «pour la seule raison de ne pas avoir peur d’être juif». La France compte la communauté juive la plus importante d’Europe, avec plus de 500’000 personnes. «Notre ordre du jour, c’est la République», a résumé Gérard Larcher, appelant sur Public Sénat à un «sursaut citoyen» face à l’explosion du nombre d’actes hostiles aux Juifs depuis les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre et la riposte militaire massive qui a suivi. «Je suis juif et j’ai pas envie de me cacher pour pouvoir vivre tranquillement», témoigne Lucas, 17 ans, lycéen en banlieue parisienne.
«Les postures n’ont pas leur place» dans cette manifestation, a mis en garde Elisabeth Borne dans un tweet dimanche matin, ciblant à la fois la gauche radicale de La France insoumise dont «l’absence parle d’elle-même», et l’extrême droite du Rassemblement national dont «la présence ne trompe personne».
Tensions
«Nous sommes exactement là où nous devons être», a rétorqué Marine Le Pen quelques heures plus tard depuis les Invalides, fustigeant la «petite politique politicienne» de ses détracteurs qui soulignent depuis plusieurs jours le passé antisémite de son parti. Mais pour ses électeurs comme Christine, retraitée de 71 ans rencontrée dans la manifestation, «on est en train de faire passer le RN pour un parti anti-juif à cause des mots maladroits» de son fondateur, Jean-Marie Le Pen, qui «n’est pas antisémite».
La présence de l’extrême droite était cependant source de quelques tensions dans le défilé. Un groupe de militants de l’organisation juive de gauche Golem a ainsi brièvement essayé de s’opposer à sa participation au début de la manifestation, avant d’être contenu par la police.

«J’ai hésité à venir manifester derrière des drapeaux français et des politiques de droite mais l’importance de lutter contre l’antisémitisme l’a emporté», dit à l’AFP Nathalie Cassard, 53 ans, parisienne, lectrice documentaliste et électrice de gauche. «On ne peut pas nier qu’on connaît des voisins juifs qui ont peur». Emmanuel Macron, lui, a décidé de ne pas défiler. Le président de la République s’est adressé aux Français samedi soir, par le biais d’une lettre publiée par le journal «Le Parisien». Il y a déploré «l’insupportable résurgence d’un antisémitisme débridé».