Nanterre (F)Une cagnotte pour le policier qui a tué Nahel
Près d’un million de francs avait été récolté lundi pour venir en aide à la famille de l’agent qui a abattu un jeune homme à Nanterre (F), mardi passé.
Pour soutenir le policier qui a abattu un jeune homme à Nanterre (France), «qui a fait son travail et paie aujourd’hui le prix fort», une cagnotte a été lancée en ligne par une personnalité d’extrême droite, a déclaré lundi l’ancien porte-parole de la campagne présidentielle d’Eric Zemmour, Jean Messiha, provoquant l’indignation à gauche. Elle recueillait lundi plus d’un million d’euros (quelque 970’000 francs).
Le fait que cette cagnotte ait été lancée «par une personne proche de l’extrême droite» ne «contribue pas» à «l’apaisement», a jugé lundi la Première ministre Elisabeth Borne. «Le fait qu’effectivement ce soit une personne proche de l’extrême droite qui a lancé cette cagnotte ne contribue pas sans doute à apporter l’apaisement», a déclaré la Première ministre à la sortie d’une réunion avec l’ensemble des groupes politiques pour échanger sur ce drame et les émeutes qui ont suivi. Elle a ajouté que ce serait à la justice de prononcer «le cas échéant» sur la légalité de cette cagnotte.
Rassemblements «civiques»
Des rassemblements «civiques» se sont tenus lundi à la mi-journée devant de nombreuses mairies de France pour dénoncer la vague actuelle de violences urbaines, en nette décrue toutefois la nuit précédente. Dimanche, l’Association des maires de France (AMF) avait appelé à «une mobilisation civique pour un retour à l’ordre républicain», quelques heures après une violente attaque à la voiture-bélier ayant visé le domicile d’un maire de la région parisienne et causé une indignation générale.
L’association a mis l’accent sur «les troubles graves» ciblant depuis le 27 juin, «avec une extrême violence, les symboles républicains que sont les hôtels de ville, les écoles, les bibliothèques, les polices municipales». Des émeutes nocturnes ont éclaté le 27 juin, jour de la mort de Nahel, un adolescent de 17 ans tué d’un tir à bout portant par un motard de la police, lors d’un contrôle routier. La scène a été capturée par une vidéo amateur.
«Présence massive»
Recherché depuis le drame, un passager de la voiture conduite par Nahel – le troisième occupant du véhicule – s’est présenté lundi à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN, police des polices) où il était entendu en fin de matinée, a appris l’AFP de source proche du dossier.
Après cinq nuits de violences urbaines, celle de dimanche à lundi a marqué un reflux des violences, avec un nombre d’interpellations (157 contre plus de 1300 dans la nuit de vendredi à samedi) et d’incendies en nette baisse, et sans incident majeur signalé.
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait reconduit dimanche un dispositif de 45’000 policiers et gendarmes sur tout le territoire, a estimé lundi que «l’ordre» était «en train d’être rétabli». Le président Macron lui a néanmoins demandé de maintenir une «présence massive» sur le terrain pour garantir le «retour au calme».
La moyenne d’âge des personnes interpellées est de 17 ans, avec parfois des adolescents de 12-13 ans, selon les autorités. Soixante pour cent des personnes interpellées entre mardi et dimanche n’étaient pas connues de la police.
«Les nuits ont été difficiles»
Dans le centre-est du pays, la municipalité de la petite ville de Charly a de son côté rapporté qu’un dispositif destiné «sans ambiguïté» à provoquer un feu avait été retrouvé dimanche au domicile du maire. Lundi, en soutien notamment au maire de L’Haÿ-les-Roses, élus, employés de mairie et citoyens se sont rassemblés par petits groupes partout en France: 100 personnes à Nanterre, 200 à Toulouse (sud-ouest), 300 à Brest (nord-ouest) ou Mons-en-Baroeul (Nord).
«Depuis mardi, les nuits ont été difficiles pour les habitants (...) Les violences qui se sont succédé sont inacceptables», a lancé le maire de Nanterre, Patrick Jarry, lors du rassemblement. «Le temps est à l’apaisement», a insisté l’édile en saluant un appel au calme dimanche de la grand-mère de Nahel, Nadia, qui a exhorté les émeutiers à ne pas casser «les vitrines», «les écoles», «les bus». Elle a aussi demandé que l’auteur du tir mortel – inculpé pour homicide volontaire et écroué – paie pour son geste «comme tout le monde», en assurant avoir «confiance en la justice».