Affaire Delphine Jubillar«Un scénario qui se dessine», mais pas d’aveux
Lors d’une reconstitution de la nuit de la disparition de l’infirmière organisée au domicile du couple, le suspect a continué de nier son implication.
Pas de coup de théâtre, dans la nuit de mardi à mercredi, au domicile des Jubillar. Pendant plusieurs heures, les enquêteurs ont cherché à retracer le déroulé de la nuit du 15 au 16 décembre 2020, pendant laquelle Delphine Jubillar a disparu de chez elle, laissant derrière elle ses papiers, clés et lunettes. Cédric Jubillar, mis en examen pour homicide volontaire et écroué depuis juin 2021, est resté au cours de la reconstitution «fidèle à lui-même», «stoïque» et a continué de clamer son innocence, ont indiqué des avocats des parties civiles, qui espéraient des aveux, à l’issue de la reconstitution.
Pour autant, ces derniers ont salué «des éléments qui permettent d’avancer» dans l’instruction. «On a pu constater que les cris qui ont été entendus par la voisine pouvaient être entendus à 130 mètres de distance sans aucune difficulté, donc le témoignage de la voisine (…) est d’autant plus crédible ce soir», a déclaré Me Mourad Battikh, avocat de proches de Delphine Jubillar. «De la même manière on a pu avancer sur la paire de lunettes qui a été retrouvée en plusieurs morceaux (…) sur laquelle Cédric Jubillar n’a pas pu s’expliquer», a-t-il ajouté.
Le témoignage de l’aîné du couple Louis, 6 ans au moment des faits, a aussi été relu lors de cette mise en scène, a-t-il précisé. «La violente dispute qui a éclaté ce soir-là (…) est corroborée de l’intérieur par Louis, de l’extérieur aujourd’hui, et on en est sûrs, par la voisine qui a entendu des cris d’effrois et (…) évidemment corroborée par cette paire de lunettes».
Des voisins ayant constaté le changement de positionnement de la voiture de Delphine Jubillar, dans la nuit du 15 au 16 décembre, ont à nouveau été entendus. Pour Laurent Boguet, l’un des avocats des enfants du couple, «les déclarations de ces témoins nous sont apparues extrêmement authentiques». «C’est un scénario qui se dessine», a-t-il estimé.
«Il n’y a absolument aucun scénario qui a été établi et c’était tout l’objet de cette reconstitution», a affirmé de son côté Emmanuelle Franck, autre avocate du suspect. «Vous avez un témoin qui dit «moi j’ai entendu une femme qui séparait des chiens», c’est-à-dire principalement des chiens qui aboient et une femme qui crie pour séparer des chiens, et on fait crier une femme qui hurle à la mort sans qu’il y ait de chien», a-t-elle dénoncé.
Depuis deux ans, Cédric Jubillar réfute toute accusation. Selon lui, sa femme serait sortie de la maison vers 23 h pour promener leurs deux chiens, alors qu’il dormait. Il dit avoir été réveillé vers 4 h par les pleurs de leur fille, puis avoir alerté peu après les gendarmes après avoir constaté l’absence de son épouse. La disparition de Delphine Jubillar avait suscité un important émoi en France à l’approche de Noël. Et ce, peu après la condamnation de Jonathann Daval pour le meurtre de son épouse, qu’il avait longtemps nié, en jouant le rôle du mari éploré.