France«Je pensais continuellement à Maëlys, à ce qu’elle était devenue»
La juge d’instruction qui a dirigé le dossier de la fillette enlevée et tuée par Nordahl Lelandais en août 2017 revient pour la première fois sur ce dossier hors norme.
«C’est un dossier unique dans une vie.» Pendant quatre ans, Gaëlle Bardosse a dirigé les investigations dans la retentissante et bouleversante affaire Maëlys. Un an après la condamnation de Nordahl Lelandais à perpétuité pour l’enlèvement et le meurtre de la fillette de 8 ans, la juge d’instruction de Grenoble (Isère) a accepté de se confier. Dans une interview accordée au «Parisien» et à RTL/M6, la magistrate de 51 ans revient sur le «tourbillon» qu’a été cette affaire et la «pression infernale» qu’elle a subie pendant ces quatre années harassantes.
On ne comprend pas qu’il s’enferme dans cette négation
Nordahl Lelandais est arrêté le 3 septembre 2017 et mis en examen pour «enlèvement et séquestration». Plusieurs éléments lourds pèsent déjà contre lui, comme cette trace de l’ADN de Maëlys retrouvée dans sa voiture, les étranges extinctions de son téléphone ou encore le fait qu’il ait passé deux longues heures à astiquer son véhicule. La magistrate se souvient d’un suspect paraissant «sincère», qui «répond à tout sans hésiter». «On a quand même l’impression que ses réponses s’adaptent aux éléments qu’on lui présente», ajoute-t-elle.
Pendant six mois, Lelandais continue de nier son implication dans la disparition de Maëlys, malgré les images de vidéosurveillance accablantes montrant une petite silhouette blanche sur le siège passager de sa voiture. «On ne comprend pas qu’il s’enferme dans cette négation. Alors que les gendarmes, les experts, les parents, nous les magistrats, on a vu Maëlys, avec le col rond de sa robe», raconte la magistrate. C’est finalement une minuscule goutte de sang retrouvée dans le coffre du suspect qui fera basculer l’enquête. «C’est un grand moment que je n’oublierai jamais. Il s’agit d’une goutte de sang. Cette goutte de sang, c’est la preuve irréfutable», explique Gaëlle Bardosse.
Il porte ses coups avec une force terrible. C’était sidérant
«Je l’ai tuée involontairement», finit alors par avouer Lelandais. La juge d’instruction revient ensuite sur ce terrible 14 février 2018, jour où Lelandais indique aux autorités où se trouve le corps de la fillette. «C’était un moment très difficile. Il y avait cette émotion qui me submergeait en me disant, enfin on va pouvoir rendre l’enfant à sa famille», se souvient-elle. Lors d’une reconstitution des faits en septembre 2018, Lelandais reproduit les coups qu’il dit avoir infligés à Maëlys: «C’était impressionnant. Il porte ses coups avec une force terrible. C’était sidérant. Je me souviens du silence à ce moment-là.»
Elle-même mère de famille, Gaëlle Bardosse a été personnellement impactée par cette affaire. «Même à la maison, je passe un temps fou au téléphone avec les enquêteurs. Je ne peux pas m’arrêter. Je pense continuellement à Maëlys, à savoir ce qu’elle est devenue», explique-t-elle. La magistrate dit avoir subi «beaucoup d’adrénaline, d’angoisse, de stress». «C’est un tourbillon, personnel, professionnel. Je n’avais jamais connu cette pression. C’est ça qui était infernal», confie la quinquagénaire, qui dit n’avoir aucun regret. «Ce que je retiens surtout à titre personnel, c’est le soulagement d’avoir pu rendre Maëlys à ses parents», conclut-elle.