Justice climatique«C’est à Holcim et non aux victimes du réchauffement de payer les dégâts»
Faute de conciliation, quatre pêcheurs indonésiens ont porté plainte contre le cimentier pour les conséquences du climat sur leur île, qui disparaît progressivement sous l’eau.
«Notre île a été inondée cinq fois en un an, ce qui fait que les arbres fruitiers meurent, les véhicules dysfonctionnent, l’eau potable est polluée, les maisons sont détruites», décrit, via une interprète, un pêcheur indonésien depuis une plage. Le témoignage a eu lieu par visioconférence. «Difficile de concevoir un avenir dans ces conditions…».
L’Île de Pulau Pari a perdu 11% de sa surface en onze ans en raison de la montée des eaux due au réchauffement climatique. Quatre de ses habitants se rebiffent: après une conciliation infructueuse en automne, ils viennent de déposer une plainte contre le cimentier Holcim demandant qu’il réduise fortement ses émissions de CO₂ (lire plus bas), et qu’il paye pour les conséquences sur l’île. Ils sont soutenus dans leur démarche notamment par l’Entraide protestante (Eper), qui a porté leur démarche au tribunal de Zoug, siège de l’entreprise.
Les montants demandés par chaque plaignant sont modestes: une centaine de francs suisses pour les dégâts subis, un millier de franc pour tort moral, et 2500 fr. pour contribuer aux adaptations nécessaires sur l’île, comme la plantation de mangroves et la construction de digues. Au total, cela représente moins de 15’000 fr., mais surtout un symbole et un engagement souhaités par les plaignants.
Des objectifs… insuffisants
Le cimentier a pourtant récemment présenté ses objectifs de durabilité en révélant un ciment moins polluant, et des velléités de capture de CO₂ pour compenser ses émissions. «L’action climatique est une priorité absolue pour Holcim, répond son porte-parole Yves Böni. Nous pensons qu’il faut des partenariats dans tout le secteur de la construction pour aller vers le zéro carbone, c’est là que nous concentrons nos efforts.» Insuffisant, rétorque l’Eper, puisque ses émissions globales continuent d’augmenter, même si les rejets par tonne de ciment sont en baisse.
Les plaignants indonésiens exigent donc au civil qu’Holcim réduise de 43% ses émissions d’ici 2030, et de 69% d‘ici 2040. Ce dernier assure disposer d’une stratégie compatible avec une trajectoire à +1,5°, mais pour l’Eper, cette affirmation est peu fiable, car validée par un organe proche de l’industrie du ciment et déconnecté des réalités financières et scientifiques. Interrogé sur cette accusation, Holcim n’a pas répondu. «Nous ne pensons pas que des procès centrés sur des entreprises individuelles soient un mécanisme efficace pour faire face à la complexité du problème climatique», précise Yves Böni.
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Responsabilité historique
Pauline Rumpf (rmf) est journaliste et a travaillé à 20 Minutes aux rubriques Suisse/Régions de 2017 à 2025.
