Justice climatique: «C’est à Holcim et non aux victimes du réchauffement de payer les dégâts»

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Justice climatique«C’est à Holcim et non aux victimes du réchauffement de payer les dégâts»

Faute de conciliation, quatre pêcheurs indonésiens ont porté plainte contre le cimentier pour les conséquences du climat sur leur île, qui disparaît progressivement sous l’eau. 

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L’Île de Pulau Pari a perdu 11% de sa surface en onze ans en raison de la montée des eaux due au réchauffement climatique.
L’Île de Pulau Pari a perdu 11% de sa surface en onze ans en raison de la montée des eaux due au réchauffement climatique.Wikimedia Commons/Lucky Christiawan

«Notre île a été inondée cinq fois en un an, ce qui fait que les arbres fruitiers meurent, les véhicules dysfonctionnent, l’eau potable est polluée, les maisons sont détruites», décrit, via une interprète, un pêcheur indonésien depuis une plage. Le témoignage a eu lieu par visioconférence. «Difficile de concevoir un avenir dans ces conditions…».

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L’Île de Pulau Pari a perdu 11% de sa surface en onze ans en raison de la montée des eaux due au réchauffement climatique. Quatre de ses habitants se rebiffent: après une conciliation infructueuse en automne, ils viennent de déposer une plainte contre le cimentier Holcim demandant qu’il réduise fortement ses émissions de CO₂ (lire plus bas), et qu’il paye pour les conséquences sur l’île. Ils sont soutenus dans leur démarche notamment par l’Entraide protestante (Eper), qui a porté leur démarche au tribunal de Zoug, siège de l’entreprise.

Réunis sur une plage à Pulau Pari, les quatre plaignants et leurs interprètes ont expliqué l’impact du réchauffement climatique sur leur quotidien.
Réunis sur une plage à Pulau Pari, les quatre plaignants et leurs interprètes ont expliqué l’impact du réchauffement climatique sur leur quotidien.Screenshot Eper

Les montants demandés par chaque plaignant sont modestes: une centaine de francs suisses pour les dégâts subis, un millier de franc pour tort moral, et 2500 fr. pour contribuer aux adaptations nécessaires sur l’île, comme la plantation de mangroves et la construction de digues. Au total, cela représente moins de 15’000 fr., mais surtout un symbole et un engagement souhaités par les plaignants.

Des objectifs… insuffisants

Le cimentier a pourtant récemment présenté ses objectifs de durabilité en révélant un ciment moins polluant, et des velléités de capture de CO₂ pour compenser ses émissions. «L’action climatique est une priorité absolue pour Holcim, répond son porte-parole Yves Böni. Nous pensons qu’il faut des partenariats dans tout le secteur de la construction pour aller vers le zéro carbone, c’est là que nous concentrons nos efforts.» Insuffisant, rétorque l’Eper, puisque ses émissions globales continuent d’augmenter, même si les rejets par tonne de ciment sont en baisse.

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Les plaignants indonésiens exigent donc au civil qu’Holcim réduise de 43% ses émissions d’ici 2030, et de 69% d‘ici 2040. Ce dernier assure disposer d’une stratégie compatible avec une trajectoire à +1,5°, mais pour l’Eper, cette affirmation est peu fiable, car validée par un organe proche de l’industrie du ciment et déconnecté des réalités financières et scientifiques. Interrogé sur cette accusation, Holcim n’a pas répondu. «Nous ne pensons pas que des procès centrés sur des entreprises individuelles soient un mécanisme efficace pour faire face à la complexité du problème climatique», précise Yves Böni.

Découvrez l’intérieur de la cimenterie d’Eclépens (VD) lors de la présentation des objectifs de durabilité du cimentier.20min/Robin Baudraz

Créer un précédent

Cette action devant la justice civile est une première selon l’Eper, qui entend bien créer un précédent. Et ce, même si les juges suisses ne se sont pas montrés très ouverts dans les précédentes affaires climatiques liées, concède Cordelia Bähr, l’avocate qui accompagne les quatre plaignants indonésiens. «Mais ce cas est solide, il repose sur des données scientifiques fiables, et les exigences sont très raisonnables», estime-t-elle. 

Responsabilité historique

Pour l’EPER, qui cite une myriade de sources scientifiques, Holcim est un des plus gros pollueurs de tous les temps: ses émissions représenteraient 0,42% du CO₂ rejeté durant toute l’ère industrielle, soit le double de la Suisse. Aujourd’hui, il serait le plus gros pollueur du pays, et pèserait 8% des émissions mondiales. «On pourrait aussi poursuivre l’industrie pétrolière, ou celle du charbon, ou Coca-Cola, explique Yvan Maillard, chargé de la justice climatique à l’Eper. Mais Holcim est en Suisse, et sa responsabilité historique est écrasante.» Et d’ajouter que l’arsenal légal nécessaire pour une telle procédure est trop lourd pour tirer sur toutes les cibles. 
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Pauline Rumpf (rmf) est journaliste et a travaillé à 20 Minutes aux rubriques Suisse/Régions de 2017 à 2025.

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