GenèveIl est harcelé à l’école, mais éloigner l’agresseur est exclu
Une maman s’indigne: l’État ne veut pas changer de classe le garçon qui martyrise son fils.

Un grand sentiment d’injustice: voilà ce que ressent la maman de Luc*, 12 ans, scolarisé en primaire à Veyrier. Depuis l’an passé, son fils est harcelé par un camarade de classe: insultes, bousculades, coups. La situation n’a cessé de se détériorer. Le garçon a perdu 9 kilos, son pédiatre atteste de symptômes dépressifs et il vient de manquer quinze jours d’école, terrifié à l’idée de côtoyer son tourmenteur. La mère, elle, n’a qu’un vœu: que l’agresseur soit changé d’établissement, a minima de classe. C’est non.
Au contraire, il lui a été indiqué que Luc, lui, pouvait être déplacé, mais elle s’y refuse. «Il a peu d’amis et ils sont tous dans sa classe. L’en changer, c’est le punir. Ce n’est pas juste.» Lundi 27 novembre, le directeur lui a expliqué que le harceleur étant un élément perturbateur: l’insérer dans une autre classe, c’était risquer de la déstabiliser. Dans la même veine, il lui a aussi été proposé que Luc fasse la gym (cours particulièrement problématique) avec une autre classe; et une médiatrice lui a dit qu’à la récréation, autre moment tendu, «il pouvait s’isoler ou rester en classe. Mais pourquoi serait-ce à lui de se mettre à l’écart? Ce n’est pas correct», déplore la maman.
«Protéger le harceleur d’accord, mais pas au détriment d’autrui»
Elle n’est pourtant pas spécialement vindicative. L’an passé, sensible au fait que le harceleur souffrait d’une situation familiale très compliquée, elle avait laissé couler – espérant que la situation se tasserait d’elle-même. «L’enseignant nous a toujours entendus, il remettait l’enfant à sa place.» C’est en juin, lorsqu’elle apprend que les deux enfants continueront à être dans la même classe à la rentrée, qu’elle commence à s’inquiéter. «Au début, je voulais bien entendre que la vie de l’agresseur n’était pas simple. Le protéger d’accord, mais au détriment d’autrui, non. Et ce n’est pas lui rendre service que de ne pas réagir.»
Il a finalement été décidé qu’un surveillant supplémentaire officierait durant la récréation, et que l’assaillant suivrait les cours de gym avec une autre classe. Pour la mère de Luc, c’est insuffisant.
«Du temps, il n’y en a pas»
Elle ne sait plus vers qui se tourner. En désespoir de cause, elle a saisi la justice d’une plainte pénale le 20 novembre. La Direction générale de l’enseignement obligatoire, sollicitée à deux reprises, lui a bien répondu que la situation était «traitée avec beaucoup d’attention», l’invitant à «investir positivement ses liens avec l’équipe enseignante». Mais cela ne résout pas son problème. L’institution lui dit «comprendre son impatience», mais elle est alarmée: «Du temps, il n’y en a pas. Mon fils doit retourner à l’école, il a peur et j’ai peur pour lui.»
«Éviter la double peine»
À la suite d’un échange sur Facebook le 15 novembre, la conseillère d’État Anne Hiltpold l’a invitée à lui transmettre le dossier, ce qu’elle a fait, sans suite pour l’heure. L’élue PLR a pourtant fait de la lutte contre le harcèlement l’une des priorités de son mandat. Et le 3 octobre, elle déclarait ceci à la «Tribune de Genève»: «Il faut aussi éviter la double peine, car ce sont en général les victimes qui doivent changer d’école. Il faut davantage agir sur les auteurs.» La voilà avec son premier exercice pratique.
*Prénom d’emprunt
La conseillère d’État ne veut pas s’exprimer
Jérôme Faas (jef), chef de la rubrique genevoise, est journaliste à 20 minutes depuis 2012. Il navigue entre judiciaire, fait divers, économie et politique.
