SuisseLa pauvreté gagne les artistes: «C'est honteux pour un pays riche»
Selon une enquête de ScèneSuisse, près de neuf artistes sur dix peinent à joindre les deux bouts.

«La majorité des artistes suisses du spectacle ne peuvent pas vivre de leur métier malgré une longue formation et des horaires de travail intenses», lance d’emblée Salva Leutenegger, directrice de l’Association des professionnels des arts de la scène. Selon une enquête menée par la faîtière, la situation salariale de la majorité des intermittents du spectacle serait catastrophique: 86% d’entre eux n’arrivent pas à joindre les deux bouts avec à leur seule profession artistique en Suisse.
Près de la moitié des professionnels gagnerait entre 18’000 et 25’000 fr. par an. «Des personnes hautement qualifiées, la grande majorité ayant un master, doivent travailler dans la restauration et la vente pour pouvoir payer leurs factures. C’est du temps qui manque dans leur activité créative», souligne Salva Leutenegger. Et de surenchérir: «C’est une situation des plus honteuses pour un pays riche.» Qui plus est, plus d’un artiste sur deux n’a pas connu d’augmentation salariale entre 2018 et 2022.
Éviter la grève, initier le dialogue
Malgré une situation financière compliquée, l’organisation exclut toute option de recourir à la grève, sous peine d’aggraver la situation des professionnels de la branche. «ScèneSuisse ne veut pas risquer des coupes dans les subventions, nous préférons le dialogue et les négociations entre partenaires sociaux aux grèves», précise Salva Leutenegger. Des inquiétudes partagées par les artistes eux-mêmes: près de 75% des intermittents du spectacle et 50% des employés fixes craignent des conséquences négatives en cas de revendications salariales.
Même son de cloche dans le milieu de la musique en Suisse romande, à l’image d’Emilie Zoé, pourtant élue meilleure artiste romande aux Swiss Music Awards 2020 et très populaire à l’étranger. Pourtant en activité depuis 11 ans, cela ne fait que deux ans que l'artiste vit modestement de son art. Depuis février, Emilie Zoé a enchaîné une trentaine de dates en Suisse, France et Allemagne. En moyenne, le cachet brut s’est situé à 2’260 francs. «Sans compter les frais de transport, repas, locaux, techniciens, travail de création et de répétition…», énumère Aurelia Jaquier, son manager. Et de préciser: «C’est une réalité économique modeste, pleinement assumée par l’artiste.»
Francisco Carvalho da Costa (fcc), journaliste à 20 minutes depuis 2023, couvre l'actu suisse. Il aime relever les défis, l'économie et la cuisine.
