Linguistique: Le mot de l’année en Suisse romande est «décombres»

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VocabulaireLe mot de l’année en Suisse romande est «décombres»

Selon un classement établi par un jury de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW), «décombres» a devancé de justesse «intelligence artificielle».

Ce sont les mots qui sont ressortis du «chapeau» de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW)
Ce sont les mots qui sont ressortis du «chapeau» de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW)Capture d’écran

«Décombres» est le mot de l’année pour la Suisse francophone, selon une analyse scientifique de 1,5 million de mots mis en évidence par la Haute école zurichoise des sciences appliquées, publiée mardi.

Une surprise pour la ZHAW qui s’attendait à ce que l’expression «intelligence artificielle» caracole en tête, tant elle semble incontournable cette année, avec son cortège d’inquiétudes pour l’emploi et les débats sur son implication pour l’avenir de l’humanité. Mais c’est bien le mot «décombres» qui arrive en première place du classement. Au terme de deux heures de délibérations et une voix d’écart, l’Intelligence artificielle n’arrive que 2e, précise le jury.

Selon lui, «décombres» évoque «un monde qui s’écroule à plusieurs niveaux». «Le terme renvoie aussi bien aux séismes qui ont laissé des millions de personnes sinistrées en Syrie ou en Turquie qu’aux décombres de la guerre que subissent les victimes civiles partout dans le monde. Il souligne aussi la recomposition d’un ordre géopolitique mondial concurrencé par le sud global», explique-t-il. Le mot a aussi été utilisé pour faire «allusion à la chute du Credit Suisse et à la fragilité du système financier», ajoute-t-il.

Coûts de la santé en 3e position

En 3e place, on trouve les «coûts de la santé», devant les finalistes «dialogue», «climatosceptique» et «nuance», précise la Haute école. Qui explique: «Le sujet se retrouve dans toutes les conversations, quel que soit le bord politique. Il dépasse de loin la seule hausse rituelle des primes d’assurance maladie et pose la question de savoir combien notre société est prête à payer pour son système de santé, pour quelles prestations et pour quel accès aux soins».

«Monsterbank» outre-Sarine

En Suisse alémanique, c’est le mot «Monsterbank» (monstre bancaire) qui est arrivé en tête, le rachat forcé de Credit Suisse ayant métamorphosé UBS en «monstre» de la finance. Le jury a placé ensuite «Chatbot» sur la 2e marche du podium. Un chatbot est un programme informatique qui simule une conversation humaine et permet aux humains d’interagir avec des terminaux digitaux comme s’ils communiquaient avec une personne réelle, rappelle la ZHAW. Le 3e mot choisi est «ghosting», soit l’action de faire le fantôme, de ne plus répondre, de rompre tout contact, sans donner d’explications.

Au Tessin, ce sont les mots «GPT», «Tunnel» et «ecoansia». Le premier s’emploie communément pour parler de l’intelligence artificielle. Le 2e évoque le Gothard qui a connu nombre de problèmes cette année, alors que le 3e correspond à l’expression éco-anxiété. Quant à la Suisse rhéto-romane, ce sont Solarexpress, Igl Rutsch et regulaziun proactiva qui ont été plébiscités.

Comment sont élus ces mots

Pour établir le classement, les scientifiques analysent une base de données en ligne d’articles de presse, de communiqués de presse et de blogs et déterminent, pour chaque langue, les 30 mots utilisés plus fréquemment ou de manière nettement différente des années précédentes. Ensuite, un jury de professionnels de la langue – des artistes, des linguistes, des journalistes et des spécialistes de la communication – choisit les mots les plus marquants dans cette liste, mais aussi parmi les propositions du public et sur la base de leur propre expérience.
(afp/cht)

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