Un chef-d’oeuvre de Raphaël acheté pour un prix dérisoire

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ArtIls achètent une toile de Raphaël pour un prix dérisoire

Des Français ont acheté cette année un tableau sur internet sans en connaître l’histoire. Il vient d’être authentifié comme un chef-d’oœuvre de Raphaël daté de sa rencontre avec Léonard de Vinci vers 1505.

Attribué à Raphaël (1483-1520), «Portrait de Chiara Fancelli en Marie Madeleine», collection privée.
Attribué à Raphaël (1483-1520), «Portrait de Chiara Fancelli en Marie Madeleine», collection privée.DR

«Quand je l’ai vue en photo via internet la première fois, cette sainte Marie-Madeleine m’a tout de suite interpellé», raconte à l’AFP, sous couvert d’anonymat, l’un des collectionneurs qui ont acquis le tableau. Ils l’achètent à une galerie londonienne pour près de 35’000 euros. «Quand elle est arrivée, c’était encore plus touchant, même si elle était vraiment sale», se souvient-il. Pensant qu’il s’agit d’un tableau de l’école de Léonard de Vinci, il fait appel à l’expertise de Annalisa Di Maria, membre du groupement d’experts de l’Unesco à Florence qui a authentifié l’œuvre en septembre. 

Découverte

A l’issue d’innombrables analyses, dont une visualisation grâce à la lumière infrarouge des couches de carbone cachées par les pigments de peinture, des experts français et italiens ont pu attribuer le tableau à Raphaël, nom francisé de Raffaello Sanzio (1483-1520). Cette réattribution «ne change rien à sa beauté, spirituelle», déclare le collectionneur trentenaire, qui aimerait partager cette découverte «exceptionnelle» avec le grand public en la confiant à un musée. Aucun des experts interrogés par l’AFP n’a souhaité estimer la valeur réelle de la Madeleine retrouvée.

«Le portrait provient de ce génie»

Ces analyses, «basées sur les dernières avancées de la science, ont notamment mis en évidence les repentirs, c’est-à-dire les réajustements formels exécutés par le peintre jusqu’à la version finale de l’œuvre, et sa technique du Spolvero, le transfert d’un dessin d’un premier support sur son support final», comme pour la Joconde de Vinci, détaille Mme Di Maria.

Deux autres versions de la Madeleine ont été répertoriées, dont une attribuée au Pérugin, qui fut le maître puis le collaborateur de Raphaël. Celle peinte par Raphaël sur un panneau de peuplier au format 46 x 33 cm est «d’une grande maîtrise et d’une incroyable finesse d’exécution qui, ajoutée aux éléments scientifiques, attestent que le portrait provient bien de ce génie», souligne l’experte.

Considéré comme perdu

Des recherches dans les archives de la ville de Florence ont également permis de retracer la provenance du tableau qui «était considéré comme perdu», selon la spécialiste. Avant son rachat par les collectionneurs français, «il appartenait à une collection privée du nord de l’Angleterre et s’est retrouvé dans une petite vente aux enchères, où la galerie londonienne l’a acquis pensant qu’il s’agissait d’un tableau de l’école de Léonard de Vinci», retrace une autre experte, Nathalie Popis.

Cette découverte «montre l’influence de Léonard de Vinci (1452-1519) sur Raphaël, qui s’est émancipé de l’art du Pérugin» à l’époque de leur rencontre et a adopté sa technique du «Sfumato», la superposition de couches très fines de glacis monochromes translucides, ajoutent les expertes. Son modèle est probablement Chiara Fancelli, épouse du Pérugin, auquel est attribuée la Madeleine qui se trouve au palais Pitti à Florence.  Une autre version, «dont l’attribution reste à déterminer», se trouve à la villa Borghèse à Rome.

Avant la publication de l’étude et sans apport d’éléments de contre-expertise, son attribution à Raphaël a été contestée par certaines sources en Italie, selon le «Journal des Arts».

Le «Salvator Mundi», qualifié de «double masculin de la Joconde» et attribué à Léonard de Vinci après restauration, sans que les résultats de son authentification ne soient publiés, a été revendu 450 millions de dollars aux enchères en 2017 à New York. Son acheteur serait le prince saoudien Mohammed ben Salmane, ce qui n’a jamais été confirmé officiellement. Il avait été acheté moins de 2000 dollars par un marchand d’art new-yorkais aux enchères à la Nouvelle Orléans en 2005.

(AFP)

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