Accident sur l’A1Natel au centre du procès d’un routier qui a tué trois personnes
Un trentenaire avait embouti une voiture en panne dans un tunnel dans la Broye, quelques secondes après avoir manipulé son téléphone. Il est accusé d’homicide par négligence.

«Ce dramatique accident n’est pas le fruit de la fatalité.» C’est en ces termes que le procureur Laurent Moschini a résumé, ce jeudi, les faits qui ont coûté la vie à trois personnes, le 14 octobre 2021, sur l’autoroute A1. Ce matin-là, peu après 9h, un octogénaire voyageait en compagnie de trois passagers. Soudain, sa voiture a commencé à perdre de la puissance et à cracher une épaisse fumée blanche. Au lieu de s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence, le Broyard s’est enfilé dans le tunnel de Châbles. Mais 45 mètres après l’entrée de l’ouvrage, au pire endroit en termes de visibilité, le véhicule s’est immobilisé.
Au vu des images de vidéosurveillance, la question n’était pas de savoir si un accident allait se produire, mais quand. Durant plus de quatre minutes, durant lesquelles ni le conducteur ni les passagers n’ont quitté l’habitacle, 45 véhicules sont passés par là. Entre freinages d’urgence et coups de volant salvateurs, tous sont parvenus à s’arrêter à temps ou à l’éviter. Pas le 46e. Un trentenaire, au volant d’un 40 tonnes, a violemment embouti la voiture. Des quatre occupants, seul le passager avant a survécu.
Il manipulait son natel
Juste avant l'accident, le camionneur, un solide gaillard à l’accent bien vaudois, manipulait son téléphone. En quatre minutes, il a envoyé un Whatsapp, reçu un message et consulté son agenda. La dernière activité avérée s'étant produite 12 secondes avant le crash. Pour le Ministère public, qui l’accuse notamment d’homicide par négligence, c’est la preuve qu’il n’était pas totalement attentif à la route. De plus, ceux qui l’ont précédé, dont des poids lourds, ont commencé leur freinage bien plus tôt et n’ont ainsi pas perdu la maîtrise de leur véhicule. Le procureur a donc requis douze mois de prison avec sursis pendant cinq ans.
Pierre Mauron, avocat défenseur, a en revanche plaidé l’acquittement. Il estime qu’on ne peut pas qualifier son client d’imprudent, puisqu’il n’était plus sur son natel au moment des faits. S’il avait pu voir la voiture dans le tunnel, il se serait lui aussi arrêté. «Mais il portait des lunettes de soleil, a expliqué l’homme de loi. D’ailleurs, une expertise a démontré qu’il possède une capacité de réaction supérieure d’un tiers à la moyenne.» Pour Me Mauron, c’est donc la différence de luminosité, ainsi que les risques pris par le conducteur de la voiture qui sont en cause. Quant à l’accusé, il regrette «avoir sauté sa pause café», sans quoi il ne se serait pas trouvé là.
La notion d’obstacle extraordinaire
Xavier Fernandez (XFZ) est journaliste pour la rubrique Suisse/Régions de 20 minutes depuis 2018. Il aime le journalisme local, le terrain et la proximité avec les lecteurs.
