Au Lignon, toilettes sèches, façades bâchées et zéro indemnités 

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GenèveToilettes sèches, façades bâchées, zéro indemnités

De 2019 à 2021, la petite tour du Lignon a été rénovée. Deux ans après, plusieurs locataires attendent toujours les baisses de loyer relatives aux lourdes nuisances.

La «petite» tour du Lignon a été rénovée entre 2019 et 2021.
La «petite» tour du Lignon a été rénovée entre 2019 et 2021.20min / jef

Des bâches sur les façades pendant des mois, du bruit, de la poussière, des trous dans les murs des salles de bain et, cerise sur le gâteau, des toilettes sèches durant six mois. De 2019 à 2021, la petite tour du Lignon a subi de lourd travaux de rénovation (rénovation de l’enveloppe thermique et assainissement des sanitaires, notamment). Les très nombreux habitants ont subi de considérables nuisances. Deux ans plus tard, certains s’étonnent de ne pas encore avoir été indemnisés.

Des relances sans réponse

Sur les réseaux sociaux, les témoignages de locataires se ressemblent: non, disent-ils à l’unisson, la régie Naef ne leur a encore rien proposé. «Je les ai contactés début septembre, relate une femme. Ils m’ont dit que l’indemnisation était à l’étude chez le propriétaire» (la caisse de pension zurichoise BVK, la plus grosse du pays). Depuis, malgré des relances en octobre et novembre, elle n’a plus de nouvelles. Interrogés au pied de la tour, dans le quartier verniolan, plusieurs habitants indiquent ne pas avoir demandé de ristourne de loyer, et pour cause: ils ignoraient tout simplement cette possibilité.

«Aucune obligation»

Ce silence de la régie ne surprend pas Pierre Stastny, juriste à l’Asloca, l’association de défense des locataires. «Il n’existe aucune obligation de verser une indemnité, juste un droit de la demander.» Souvent, les propriétaires n’offrent donc rien spontanément, tablant sur le fait que seuls quelques locataires réclameront une baisse de loyer. C’est manifestement le cas au Lignon.

«Prouver les nuisances»

Or, explique l’homme de loi, en cas de nuisances avérées, «en général, l’indemnité oscille entre 15% et 35% du loyer net (ndlr: sans les charges, le parking, etc.)». Si le propriétaire refuse d’entrer en matière ou formule une offre insuffisante, il est possible de saisir la commission de conciliation. Mais attention: d’une part, «ce qui est compliqué, ce n’est pas de calculer les indemnités, mais de prouver les nuisances». Pierre Stastny recommande donc de garder traces et photos régulières des travaux. D’autre part, «les droits des locataires sont perdus après cinq ans». Autrement dit, la baisse de loyer relative à mars 2019 (ici, la date annoncée de début des travaux) ne pourra plus être réclamée dès mars 2024, celle d’avril 2019 dès avril 2024, et ainsi de suite.

Trop tôt pour calculer les indemnités

Interrogée quant à sa politique au Lignon en matière d’indemnisation des nuisances, la régie Naef explique que l’assainissement de la «petite tour a eu lieu pendant la pandémie, ce qui a rendu les travaux plus complexes. Elle dit être «en train de réaliser les travaux de finalisation des rénovations (réception de garantie après deux ans). Il s’agit notamment de remédier aux derniers défauts apparus. Ce n’est qu’une fois ces travaux terminés qu’il sera possible de calculer d’éventuels droits rétroactifs à des indemnités.» La régie précise que le propriétaire, la BVK, «ne donne en principe aucune information sur les calculs individuels».

Jérôme Faas (jef), chef de la rubrique genevoise, est journaliste à 20 minutes depuis 2012. Il navigue entre judiciaire, fait divers, économie et politique.

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