ActivismeQuand les militants écologistes se retrouvent en danger de mort
Depuis 2011, plus de 1700 activistes environnementaux ont été assassinés à travers le monde. Le Mexique, la Colombie et le Brésil sont en tête de liste. Mais, même depuis la Suisse, il est possible de lutter contre ce phénomène.

Plus de 1700 militants écologistes ont été assassinés dans le monde depuis 2011, selon l’ONG Global Witness. Cela équivaut à près d’un mort tous les deux jours. Et, en réalité, ce chiffre est probablement bien plus important, car cette organisation estime qu’il y aurait beaucoup de cas non recensés.
Luis Misael Socarras a déjà failli se retrouver à plusieurs reprises dans les statistiques de Global Witness. Cet homme de 53 ans s’engage en Colombie contre El Cerrejón, la plus grande mine de charbon d’Amérique latine, propriété de l’entreprise suisse Glencore. «Trois coups de feu ont touché la voiture dans laquelle j’étais assis», raconte-t-il à 20 Minutes, en évoquant le dernier attentat qu’il a subi en février. «Mais j’ai eu de la chance», poursuit-il. Lorsqu’il a remarqué qu’une moto suivait sa voiture de façon suspecte, il a changé de siège – peu après, les tirs ont touché la place laissée vide.
Selon ses propres dires, Luis Misael Socarras aurait survécu à huit attentats depuis 2002. Il reçoit régulièrement des lettres de menaces et ne quitte généralement pas son village – à l’entrée duquel l’un de ses fils tient le rôle de garde – sans un gilet pare-balles. «Je dois être constamment sur mes gardes, concède le militant. Je n’ai plus de liberté ni de vie sociale.»
Selon Global Witness, la Colombie est le deuxième pays le plus meurtrier au monde à l’égard des défenseurs de l’environnement et de ceux qui luttent pour les droits de l’homme. Trente-trois militants ont été assassinés en 2021. Seul le Mexique en compte davantage, avec 54 activistes tués. Plus de la moitié des attentats enregistrés en 2021 sont imputables au Mexique, à la Colombie et au Brésil.
Agir depuis la Suisse
«Notre lutte en Suisse est liée à celles menées au Mexique, en Colombie ou au Brésil», explique à 20 Minutes Annika Lutzke, de la Grève suisse pour le climat. La jeune femme de 20 ans rappelle que ce sont parfois des entreprises helvétiques qui sont visées par les activistes de l’autre côté de la planète. De plus, la consommation européenne et suisse d’énergie et de ressources se fait au détriment des communautés du Sud – alors que les bénéfices reviennent aux pays du Nord. «Nous poursuivons quelque chose que nous avons commencé il y a des centaines d’années», indique Annika Lutzke, en faisant référence au colonialisme.
Des solutions structurelles
Peut-on agir depuis la Suisse pour éviter ces morts? Oui, nous répond Robert Bachmann, de Public Eye: «Le comportement individuel de consommation a une influence, et une consommation consciente peut faire une différence». Ainsi, s’orienter vers certains labels peut aider – «à condition d’être conscient de leurs limites», peut-on lire sur le site Internet de Public Eye. On le voit bien dans le domaine de l’agriculture: «Des études montrent régulièrement que même les paysans certifiés ne reçoivent pas assez d’argent pour leurs produits et ne peuvent guère sortir de la pauvreté.»
Public Eye énumère en outre des mesures permettant à chacun d’entre nous d’agir au-delà du simple acte d’achat: sensibiliser son entourage, demander aux entreprises comment leurs produits sont fabriqués, s’engager et devenir actif en politique et, lors des élections et des votations, être sensible aux thèmes que sont l’écologie et les questions sociales. Le site internet smartvote.ch aiguille par exemple les électeurs pour que leurs choix correspondent à leurs valeurs. Robert Bachmann souligne toutefois que les causes des problèmes sont souvent structurelles et que les solutions doivent donc l’être aussi. «Il faut de meilleures lois et réglementations, la responsabilité ne pouvant pas reposer uniquement sur les consommateurs», affirme-t-il. Public Eye s’engage à rendre l’économie plus respectueuse de la société et de l’environnement, ainsi qu’à exiger dans le monde entier le respect des droits de l’homme par les acteurs étatiques et les grandes entreprises suisses.
Les grandes entreprises ont un rôle à jouer
Cela n’est pas sans rappeler l’initiative sur la responsabilité des multinationales, qui demandait que les entreprises ayant leur siège en Suisse respectent les droits de l’homme et les normes environnementales internationales également en dehors de nos frontières. Bien qu’elle ait obtenu 50,7 % dans les urnes en 2020, elle n’a pas atteint la majorité auprès des cantons.
Le contre-projet indirect a toutefois été accepté et, à partir de 2023, certaines grandes entreprises devront donc présenter un rapport annuel sur des thèmes tels que les droits de l’homme, l’environnement et la corruption.