Vaud«Il est essentiel d’au moins comprendre le suisse allemand»
Un député aimerait que l’école propose des cours de schwytzertütsch. Sa motion a été acceptée de justesse, au grand dam des élus de la droite.

Tous les élèves romands connaissent le problème: ils apprennent le bon allemand à l’école, mais une fois à Zurich ou Lucerne ils sont incapables de comprendre un mot de schwytzertütsch et parviennent tout juste à ânonner quelques mots de hochdeutsch. Pour le coup, le député Vert David Raedler a déposé en mars un postulat pour qu’une stratégie liée à l’apprentissage du suisse allemand à l’école vaudoise soit mise en place. Postulat qui a été accepté par 66 voix à 63, mardi, par le Grand Conseil vaudois.
David Raedler relevait que 63% des échanges dans le monde du travail se faisaient en schwytzertütsch, contre 34% en hochdeutsch (28% en français, 21% en anglais). On prive donc les jeunes Vaudois d’occasions économiques, politiques et professionnelles en ne les sensibilisant pas au suisse allemand, selon lui. «Il est essentiel d’au moins le comprendre, car c’est la langue d’usage, la langue sociale, la langue d’échange.» Et on peut l’apprendre avec des méthodes certifiées, a-t-il rappelé.
«J’en appelle à la responsabilité personnelle»
La droite était fermement opposée au postulat. «Il y a plusieurs dialectes. C’est impossible de choisir celui qui sera enseigné», a argué Nicolas Bolay (UDC). «J’en appelle à la responsabilité personnelle. Ceux qui veulent apprendre le suisse allemand peuvent suivre des cours privés ou faire des stages», a-t-il lancé. «Aucun Suisse alémanique n’attend d’un Romand qu’il parle le dialecte», a relevé son collègue de parti Fabrice Moscheni.
«La grille horaire scolaire est pleine, il sera difficile de trouver des enseignants», a rappelé Nicolas Suter (PLR). Faux, selon le Vert Felix Stürner, qui enseigne lui-même l’allemand. Nombre de collègues seraient capables de switcher sans problème au suisse allemand, a-t-il affirmé. Pour sa collègue de parti Anna Perret, ce serait même «stimulant pour les élèves, qui trouvent les cours d’allemand souvent ennuyeux». Quant à Aude Billard (PS), «savoir le suisse allemand, c’est même fondamental pour la cohésion nationale».
«Son enseignement doit être facultatif»
Jacques-André Haury (Vert’lib) était lui aussi favorable au postulat. Mais il a prévenu: «Le but ne doit pas être de parler le schwytzertütsch, mais de le comprendre à peu près.» Son enseignement doit en outre être facultatif.
Quant au plus Suisse alémanique des députés vaudois, le Vert Andreas Wütrich, il a salué le respect du postulat pour le schwytzertütsch. «Si l’on fait rayonner l’amour pour l’autre et pas la haine, le premier pas est fait pour préserver la cohésion nationale. Et c’est plus important que d’enseigner le suisse allemand à l’école.»
Le postulat est donc passé de justesse. Au grand dam du conseiller d’État chargé de la formation, Frédéric Borloz, qui a rappelé que le canton en fait déjà beaucoup entre les échanges linguistiques et les cours facultatifs (boudés). Il a souligné que la mission de base de l’école était d’enseigner une langue nationale, donc l’allemand. Et de prévenir qu’introduire le suisse allemand pourrait mettre en péril d’autres cours.
Pas une première romande
Christine Talos (cht) est journaliste au sein de la rubrique Suisse/Régions depuis 2011. Son domaine de prédilection est la politique suisse.
