Grève féministe : «Les tampons gonflables et les sifflets me font plutôt honte»

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Grève féministe«Les tampons gonflables et les sifflets me font plutôt honte»

Une nouvelle grande grève féministe aura lieu le 14 juin prochain pour combattre les inégalités. Peu de femmes bourgeoises manifesteront, car le mouvement est jugé trop à gauche.

Chaque 14 juin, des milliers de femmes militent pour leurs droits.
Chaque 14 juin, des milliers de femmes militent pour leurs droits.20min/Michael Scherrer

Une vague violette va déferler dans les rues de Suisse, le 14 juin prochain. En effet, après le 14 juin 2019 où quelque 500’000 manifestants avaient protesté contre les inégalités, une nouvelle grande grève féministe est prévue la semaine prochaine. Mais s’il y a quatre ans, on trouvait dans la foule de nombreuses femmes de droite, ces dernières devraient se faire plus rares cette année. En effet, beaucoup jugent l’événement trop à gauche.

«La grève féministe est désormais trop criarde et dominée par l’idéologie de gauche», résume ainsi la conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE). «Les tampons gonflables et les sifflets me font plutôt honte». L’élue préfère un «travail constructif au Parlement». 

Vision «manichéenne»

Même topo au Centre. «Nous nous démarquons de ce féminisme très à gauche car il s’éloigne trop de nos positions sur la société», explique Christina Bachmann-Roth, présidente des Femmes du Centre. Elle regrette aussi que les revendications féminines se soient trop «diluées» dans des thématiques «autour de la transsexualité par exemple».

Côté romand, la conseillère nationale Simone de Montmollin (PLR/GE) critique elle aussi la grève du 14 juin très connotée politiquement. «Soutenir la grève, c’est soutenir ses revendications. Or celles-ci sont parfois extrêmes et s’apparentent plus à la défense des travailleurs en général qu’à la cause féminine proprement dite», estime-t-elle. «Certaines tendent à renforcer une vision manichéenne de la société, où les femmes sont toujours placées en victimes. Cette vision n’est pas partagée par toutes», ajoute-t-elle. La Genevoise aussi préfère faire avancer la cause via son travail parlementaire, notamment via son combat pour une meilleure conciliation de la vie familiale et professionnelle ou l’égalité des chances.

«Il faut les deux»

Même avis de la part de sa collègue Jacqueline de Quattro (PLR/VD) qui ne sera pas non plus dans la rue le 14 juin. «Je n’y suis pas à ma place», confie-t-elle. Elle aussi préfère son travail de parlementaire – avec des femmes de tous les partis, souligne-t-elle – pour faire avancer la cause, indique-t-elle en citant son engagement depuis plusieurs années contre les violences domestiques. Mais la Vaudoise l’admet, manifester n’est pas inutile. «Il faut les deux», estime-t-elle: une pression populaire pour ne pas faire marche arrière sur les droits acquis et un travail politique de fond.

La passionaria de la gauche, la conseillère nationale Tamara Funiciello (PS/BE), balaie, elle, les critiques de ses collègues de droite. «La politique de gauche est une politique pour toutes les femmes», souligne celle qui est aussi coprésidente des Femmes socialistes.

Ce que revendique la Grève 

Pour rappel, la grève féministe souligne que les femmes touchent toujours des salaires et des rentes inférieurs à ceux des hommes, tout en assumant plus de travail non rémunéré. Du coup, la grève réclame une hausse de salaire ciblée dans les branches, où la part des femmes est importante, des salaires minimums de 4500 francs par mois pour tous, ainsi que des rentes décentes couvrant les besoins vitaux, sans nouvelle hausse de l’âge de la retraite. La manifestation recommande aussi aux travailleuses de cesser le travail à 15h24, heure symbolique à partir de laquelle les femmes ne sont plus payées.


Christine Talos (cht) est journaliste au sein de la rubrique Suisse/Régions depuis 2011. Son domaine de prédilection est la politique suisse.

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