Drame à Venise (I)«Les cris se sont transformés en un silence épouvantable»
Arrivés en premier sur les lieux du dramatique accident de mardi soir, deux amis ont fait preuve d’un courage héroïque. Un autre témoin décrit une scène apocalyptique.
Catapultés en plein enfer, ils ont lutté avec l’énergie du désespoir dans l’espoir de sauver des vies. Eux, ce sont Boubakar et Godstime, deux amis domiciliés à Mestre. Le premier, un Gambien de 27 ans établi en Italie depuis 10 ans, livre un témoignage poignant au «Corriere della Sera». Le jeune homme raconte qu’il était en train de cuire du riz quand un énorme bruit lui a glacé le sang. «J’ai cru à un tremblement de terre. Puis mon ami Godstime a accouru. Il m’a dit avoir vu un bus tomber du viaduc», explique-t-il.
Sans se poser de questions, les deux colocataires se sont précipités sur les lieux de l’accident, se retrouvant au cœur d’un mélange terrifiant de tôle, de feu et de hurlements. «J’entendais des gens crier, coincés dans la tôle froissée: ils appelaient à l’aide», décrit Boubakar. Les deux amis sont parvenus à sortir une femme et son enfant, puis un homme, et ensuite un chien. «Puis j’ai regardé à travers les débris et j’ai vu le conducteur: il était déjà mort», témoigne le jeune homme.
Boubakar garde une image particulièrement douloureuse de cette femme parlant anglais, qui l’implorait en pleurant: «Prenez ma fille, prenez ma fille!» «C’était une petite fille, je pense qu’elle avait deux ans. Elle était inconsciente, je pense qu’elle était morte. Je suis sous le choc: elle avait l’âge de mon fils. C’est comme si je l’avais perdu, lui.» Le jeune homme s’est brûlé les mains en tentant de sauver des vies. Il a finalement dû abandonner, les flammes étant devenues trop vives. Godstime, 30 ans, a perdu ses chaussures dans la confusion et s’est retrouvé pieds nus.
Leonardo, qui se trouvait dans un bar du coin, évoque lui aussi un bruit assourdissant, puis des hurlements insoutenables. «Alors que je me dirigeais vers le bus, les cris se sont transformés en un silence épouvantable, à glacer le sang», témoigne-t-il. Comme Boubakar et Godstime, Leonardo a voulu se ruer sur les lieux pour porter secours, mais un de ses amis et une policière l’en ont dissuadé. «Le bus était encore en feu et risquait d’exploser», explique-t-il.
Joëlle Mermoud (joc) est journaliste à 20 minutes depuis 2009. Elle traite de l'actualité internationale, avec un faible pour les histoires insolites.
