GenèveDes améliorations à Champ-Dollon avant la refonte carcérale
Une semaine avant son départ, le conseiller d’Etat a donné sa lecture du contexte, rappelé les chantiers à venir et listé les progrès en cours.

Dernier tour de piste pour le conseiller d’Etat Mauro Poggia, qui passera la main le 31 mai. Le patron de la Sécurité est ainsi venu répéter à la presse ce jeudi ce qu’impliquera, dans les années à venir, la planification pénitentiaire adoptée par le Grand Conseil en mars – particulièrement en termes de construction de nouvelles prisons, pour lesquelles des projets de loi de financement devront être votés.
«Société plus répressive qu’avant»
Le contexte carcéral, a rappelé le magistrat, est celui-ci: d’une part «un manque de places chronique depuis vingt ans et des structures vétustes suroccupées», d’autre part «une législation qui pénalise de plus en plus de comportements et un durcissement des peines». Bref, «on a une société qui est plus répressive qu’auparavant, et nous devons nous adapter».
Plusieurs nouvelles prisons
Cela devrait donc consister, si les idées d’aujourd’hui se transforment en réalisations demain, à modifier de nombreux sites existants: à Puplinge, il s’agira de détruire Champ-Dollon pour construire une prison pour femmes et deux bâtiments pour hommes, l’un destiné à la détention avant jugement, l’autre à l’exécution des peines. Un lieu destiné aux jeunes adultes (18-25 ans) sous mesures thérapeutiques, une population dont aucun canton romand ne sait que faire aujourd’hui, est également prévu. Le site des Charmilles, occupé pour l’heure par le centre de semi-détention de Villars, devrait pour sa part accueillir une nouvelle prison pour mineurs, la Clairière étant rayée du site de Satigny. Ce dernier, où se trouve déjà le centre de rétention administrative de Frambois, devrait être réservé à ce type particulier d’enfermement. Mauro Poggia imagine que ces chantiers aboutiront, «à vue humaine, après 2030».
D’ici-là, il s’agit de gérer le présent. La prison de Champ-Dollon, longtemps secouée par de sévères dissensions internes, a commencé à être réorganisée. La gestion en silo du personnel, honnie par celui-ci car faisant perdre en diversité un travail déjà pénible, a été abandonnée. Aujourd’hui, sur trois jours, deux sont affectés au travail en cellule et un l’est à d’autres tâches, telles que la surveillance extérieure ou les conduites de détenus dans les étages.
Le retour des repas en commun
Le plus gros chantier demeure celui de la prise en charge des détenus. L’aile Est de Champ-Dollon est ainsi vouée à ne plus accueillir, à terme, que des détenus en exécution de peine (afin de les séparer de ceux n’ayant pas encore été jugés, qui ne disposent pas des mêmes dispositifs d’occupation et de réinsertion). Ils constituent à ce jour 79% de sa population, contre 35% au début de l’année. Par ailleurs, les repas en commun ont été réintroduits, une première depuis leur suppression à la suite des émeutes de 2014.
Davantage de téléphones
Différentes améliorations sont par ailleurs prochainement prévues: l’installation de quatre, voire six cabines téléphoniques supplémentaires dans l’aile dévolue aux exécutions de peine; la création de parloirs à distance via Skype; l’aménagement de petites salles dans l’aile «détention provisoire» pour des activités commune et de formation, afin de favoriser le temps passé hors des cellules; et l’augmentation du nombre de parloirs familiaux, avec l’introduction de créneaux horaires le dimanche matin.
L’Etat veut créer 371 places de détention
Jérôme Faas (jef), chef de la rubrique genevoise, est journaliste à 20 minutes depuis 2012. Il navigue entre judiciaire, fait divers, économie et politique.
