Durabilité: En quête de scientifiques courageux

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DurabilitéEn quête de scientifiques courageux

Martina Weiss enseigne à l’Institut de l’environnement et des ressources naturelles (IUNR) comment, à partir de connaissances en sciences naturelles, on peut devenir un expert en durabilité. Ce master nécessite toutefois une grande motivation.

par
Adrian Schräder

Madame Weiss, que signifie pour vous la durabilité?

C’est une sorte de précepte de vie – qu’appliquent également nos étudiants et les autres collaborateurs de l’Institut de l’environnement et des ressources naturelles. Tous ont une idée, une passion dans un domaine spécifique qu’ils souhaitent développer.

Quelles dimensions ce terme englobe-t-il?

Il s’agit de protéger et de préserver nos ressources, de promouvoir la justice sociale et l’équité, ainsi que de mener des activités économiques en accord avec ces objectifs-là. De mon point de vue, le plus grand défi de notre société est de parvenir à garder à l’esprit ces trois piliers. Ce n’est que de cette manière que nous parviendrons réellement à atteindre un objectif de développement durable.

Où apprend-on le mieux à réfléchir sur la durabilité?

Dans un établissement d’enseignement comme le nôtre, car il contribue à la réflexion sur ces thématiques. Nos étudiants découvrent où en sont la société et la recherche en matière d’agriculture, d’énergie, de mobilité ou de protection de la nature et montrent quelle direction il est possible de prendre. De nos jours, on peut bien sûr aussi apprendre beaucoup de choses en autodidacte, que ce soit en ligne ou sur les réseaux dédiés.

Quels bagages faut-il avoir pour obtenir un Master of Science en environnement et ressources naturelles de l’IUNR?

Hormis le fait d’être titulaire d’un bachelor et d’avoir des compétences linguistiques en allemand et en anglais, il convient avant tout d’être très motivé, sans quoi il est compliqué de provoquer un changement pouvant conduire à une société durable. L’étudiant doit en outre trouver un sujet qui le passionne.

Une fois ces études terminées, on obtient un master. Mais qu’a-t-on vraiment appris?

On est, par exemple, expert en systèmes agricoles régénératifs, en photovoltaïque, en systèmes de recyclage, etc. Les possibilités sont nombreuses.

Quel est l’intérêt suscité par cette filière?

Il est très grand! Nous avons également beaucoup de personnes qui viennent d’autres horizons, par exemple des sciences politiques ou sociales, et qui souhaitent rendre leur propre domaine plus durable, plus vert. Elles ont l’opportunité de le faire, car nous attachons une grande importance à l’individualisation des études et à la possibilité de se spécialiser dans le domaine qui suscite leur intérêt.

Comment réussir la transition vers une société durable?

Le changement nécessite une participation soutenue et une collaboration à tous les niveaux. Cela implique des mutations dans la politique, l’économie, l’éducation et la culture, ainsi que dans nos styles de vie et comportements personnels. Il faut une vision à long terme et la volonté d’investir dans des solutions durables. Ces processus ne se font malheureusement pas du jour au lendemain. Cette transformation est l’un des plus grands défis de notre époque.

Quel est le sujet qui vous passionne le plus en ce moment?

Dans le cadre de la transition énergétique, il y a de nombreux sujets captivants qui ont du potentiel, et qui ne concernent pas seulement le passage aux sources renouvelables. Nous étudions cela de près et sous des angles différents. Nous avons, par exemple, étudié ce qu’adviendrait la flore si nous installions des panneaux solaires dans les vignobles. Ou encore, selon quels critères les nouveaux barrages seraient-ils écologiquement acceptables? Comment pourrions-nous repenser les cycles de production? Lors d’un projet de recherche actuel avec un fabricant de produits alimentaires, nous n’examinons pas seulement le passage aux énergies renouvelables dans la production, mais aussi l’ensemble de la chaîne de création de valeur. 

Dans ce domaine, quels sont les emplois les plus passionnants?

Il y en a beaucoup – mais cela dépend des intérêts personnels de chacun. Il existe un grand potentiel dans le secteur de la mode pour une production socialement responsable et équitable. Dans le domaine de la technique, la combinaison de l’écologie et de l’ingénierie permet de trouver des solutions variées et respectueuses de la nature. Et dans celui de l’alimentation, l’agroalimentaire durable n’en est encore qu’à ses balbutiements. Il est possible de faire évoluer les choses partout, la balle est dans notre camp.

Où se situe réellement notre pays quant aux formations au développement durable?

La Suisse est connue pour ses initiatives fortes en matière de protection de l’environnement et de durabilité. Il existe déjà de nombreuses offres de formation continue et il y en a constamment de nouvelles: masters, CAS et cours pour les professionnels. Il y a aussi des réseaux et des communautés qui mettent l’accent sur cette thématique en organisant des cours et des conférences. Si nous n’y arrivons pas, qui y parviendra? Accompagner les personnes qui veulent faire avancer le changement me donne de l’espoir.

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