Crack à Genève«Les clients ont peur de venir et on les comprend!»
Les commerçants des Grottes subissent depuis des mois les nuisances liées à la présence des consommateurs de drogue et d’alcool. Leur chiffre d’affaires s’en ressent fortement.

Il y a quelques mois, seule une poignée de commerçants des Grottes osait prendre la parole. En ce mercredi soir de septembre, ils sont plusieurs dizaines à insister pour témoigner. Ce n’est plus un murmure mais un gros coup de gueule. En cause: la présence en nombre de consommateurs de crack mais aussi d’alcool qui ont peu à peu pris possession de la place des Grottes et de ses alentours, à deux pas du local d’injection de Quai 9.
De quoi faire fuir les habitants comme les gens de passage. «C’est dur d’entendre les clients nous dire qu’ils ont peur de venir», lance Eric Muller, dont la boucherie donne sur la place depuis 1991. «Avant, ils arrivaient en famille et pendant que les parents se faisaient servir, les enfants jouaient sur la place. Aujourd’hui, ça n’est plus possible.» Résultat, le boucher-charcutier voit son chiffre d’affaires fondre comme neige au soleil. «En quatre mois, il a chuté de moitié.»
Terrasses désertées
De l’autre côté de la place, la terrasse du restaurant Le Nant des Grottes ne fait pas le plein. «Elle est beaucoup moins fréquentée. Les gens n’ont pas envie d’être importunés pendant leur repas et ils ont peur des vols, détaille le patron, Demokrat Berdynaj. En deux mois, mon chiffre d’affaires a baissé de 30%. Je peine à payer mes employés.» Un constat que partage un autre restaurateur du quartier: «Au mois d’août de cette année, on a fait un tiers de moins qu’en août 2022.» Sa serveuse décrit les insultes, les menaces, voire les violences «quand on demande aux toxicomanes de ne pas importuner nos clients». Craignant pour sa propre sécurité, la jeune femme s’est équipée d’une bombe lacrymogène. «Je n’ose plus aller chercher ma voiture seule au parking.» Le bar voisin accuse une baisse du chiffre d’affaires de 35% en un an. «Le problème, c’est qu’entre la présence des dealers et les bagarres, les clients ne viennent plus!»
Même son de cloche du côté de Nature en vrac. «On donne dans l’angle. Ils se placent juste là, face à la boutique pour fumer, souligne la cogérante de l’épicerie, Marcela Flechas. On appelle la police deux à trois fois par jour. Ils viennent, cela fait fuir les consommateurs de crack. Puis, dix minutes après, ils sont de retour.» Pour tenter de compenser la fuite de la clientèle, elle prévoit d’ouvrir un site de vente en ligne.
Moins 60% de ventes de vélos enfants
À presque 80 ans, Jean-Claude Gauthey a commencé à exercer son métier de tapissier décorateur dans l’échoppe située face au Quai 9 il y a 65 ans… «Moralement, c’est déprimant d’assister tous les jours à ce spectacle.» Et d’ajouter: «Les fidèles continuent de venir, mais il n’y a plus de clients de passage.» Idem au magasin de vélos Bikes2fold. «L’impact le plus visible, c’est sur les ventes pour les modèles enfants, précise le gérant, Charles Dhespel. On faisait essayer les vélos sur la place. C’est devenu impossible. D’où une baisse de 60% en un an.»
Les témoignages sont légion. Et le ras-le-bol tangible. «La place des Grottes est à nous!» clament haut et fort les commerçants mais aussi les habitants, désireux que les autorités entendent le message et prennent des mesures.
«On est réveillés par les cris en pleine nuit»
Marie Prieur (map) est journaliste chez 20 minutes à Genève depuis 2023. Elle est passionnée par les sujets locaux politiques, judiciaires ou de société.
