GenèveInterrogé «comme un malfrat» pour son pointeur laser
De nombreux voyageurs se font pincer à l’aéroport en possession d’un laser interdit en Suisse. Les règles en la matière ont récemment été durcies. L’expérience coûte cher.

«J’ai été placé dans une salle d’interrogatoire pendant 1h30, comme si j’étais un malfrat. J’avais l’impression d’être dans un film.» En mai dernier, Max* a vécu une scène surréaliste. Alors qu’il s’apprête à prendre l’avion pour un séjour professionnel à l’étranger, il est interpellé à la sécurité de l’aéroport de Genève. Motif: dans son sac se trouve une télécommande munie d’un pointeur laser, utile pour ses présentations powerpoint. «Je me suis retrouvé encadré par trois hommes, qui m’ont emmené au sous-sol dans une pièce glauque.» Le quadragénaire n’est pas au bout de ses surprises. «C’était ubuesque. J’ai dû répondre à un questionnaire dans lequel on me demandait où j’avais acheté cette arme! Ensuite les policiers ont mis le pointeur dans un sachet sous scellés comme dans “les experts”.» Si les agents sont restés «très courtois», le Suisse n’en revient pas.
«Ca m’a coûté 1000 francs!»
Quelques mois plus tard, il découvrira que cet épisode n’est pas sans conséquence. Dénoncé au Ministère public, il a été condamné à 500 francs d’amende via une ordonnance pénale, rendue début octobre. A cela s’ajoutent les frais de la procédure. Au total, «ça m’a coûté plus de 1000 francs!»
Aéroport de Genève plus sévère que Zurich
Selon Max, l’aéroport de Genève fait preuve d’un excès de zèle. «Certains de mes collègues ont aussi été interpellés à l’aéroport de Zurich. Le pointeur laser a simplement été jeté à la poubelle et ils ont pu continuer leur chemin, sans problème. A Genève, ils sont moins coulants.»
En effet, le quadragénaire n’est pas un cas isolé. Contacté, Cointrin précise que l’aéroport procède à une ou deux saisies de pointeur laser par semaine. Du côté de la justice genevoise, rien qu’au mois d’octobre, une dizaine de personnes ont été sanctionnées pour cette raison. C’est le cas d’un enseignant japonais, arrêté au passage frontière en avril dernier, qui a expliqué à la police utiliser ce dispositif pour des raisons professionnelles et ignorer que ce type de laser était interdit en Suisse. Idem pour un Genevois qui s’en servait à l’université. Le premier a écopé d’une amende de 200 francs, le second de 150 francs. Tout deux devront également s'acquitter des frais judiciaires de 510 francs.
Les gens ne sont pas au courant
«Par manque de connaissances ou d'informations, les gens ne se rendent pas compte des risques auxquels ils s'exposent lorsqu'ils commandent ou acquièrent des pointeurs lasers interdits», souligne Alexandre Brahier, porte-parole de la police genevoise. Il en va de même lorsque l’objet est commandé en ligne. «Nous recevons beaucoup d'enquêtes émanant du Ministère public, suite à des dénonciations de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, qui intercepte des colis après des commandes sur des sites internet, comme WISH». Selon une estimation, en 2023, une centaine de procédures ont été traitées.
Règlement durci en 2021

*Prénom d’emprunt
Leïla Hussein (lhu) est journaliste au 20 minutes depuis 2019. Après un passage à la rubrique web, elle a intégré la rubrique Genève en octobre 2020.
