GenèveUn saut de 30m et un faux plat dans l’eau: ce défi inquiète
Les secouristes s’alarment d’un challenge qui gagne en popularité. Plonger d’un pont élevé et faire, exprès, un faux plat dans le Rhône comporte des risques sévères, voire mortels.

On sent de l’incrédulité et de l’inquiétude au sein du Service d’incendie et de secours (SIS). Son officier de communication, le premier lieutenant Nicolas Millot, confirme. «Un phénomène en pleine évolution nous alarme: pour gagner des vues sur les réseaux sociaux et s’offrir un peu de notoriété numérique, certains effectuent des plongeons d’une trentaine de mètres de haut avant de faire volontairement un faux plat dans le Rhône.» La pratique semblait plutôt liée aux beaux jours. Même pas: le dernier saut recensé date du 26 novembre.
Le pont de la Jonction (27 mètres), surtout, mais aussi la galerie sous le pont Butin (36m) sont apparemment devenus des spots en vue de cette pratique extrême. On y vient même de l’étranger pour s’offrir un grand frisson. Depuis deux ans, le SIS a compté une dizaine de cas et «plusieurs blessés».
Plongeon potentiellement mortel
Risques méconnus ou mal évalués
Ces sauts sont a priori souvent le fait de personnes «qui méconnaissent les risques inhérents au Rhône, déplore Nicolas Millot. Le courant peut y être fort, tandis que la profondeur du fleuve varie selon les jours et en fonction des zones sous les ponts.» Dans certaines vidéos, des plongeurs se présentent cependant comme des «professionnels» et par précaution, des camarades sont déjà à l’eau pour leur venir en aide si la réception dans les flots se passe mal. L’officier du SIS reste dubitatif.
«Les fois où nous sommes intervenus, les personnes ne disposaient pas d’équipement de secours. Avec deux copains à la flotte, ils se croient en sécurité? Eh bien, bonne chance…, lâche Nicolas Millot. Sortir de l’eau quelqu’un qui a perdu connaissance ou est blessé, dans le courant, avec des berges difficiles d’accès, ce n’est pas donné à tout le monde; et je ne parle même pas du cas où la victime coule.» Des conseils de prévention de la part des pompiers, alors? «Il n’y en a pas quand la vie de gens est en péril. Notre seul message est: ne le faites pas, c’est de l’inconscience!»
Secouristes obligés de sortir les grands moyens
David Ramseyer (dra) a intégré la rubrique Genève de 20 minutes en 2014. Il traite notamment de sécurité et de développement durable.
