COP28: Augmenter l’efficacité énergétique, ça veut dire quoi au juste?

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COP28Augmenter l’efficacité énergétique, ça veut dire quoi au juste?

La 28e conférence des Nations Unies sur le changement climatique est censée inciter les pays à passer la vitesse supérieure sur la transition énergétique. Alors qu’entend-on par «mesures efficaces» et comment les appliquer? Explications.

C’est la deuxième fois qu’un pays du Golfe accueille une COP, après le Qatar en 2012. Plus de 140 chefs d’États doivent se succéder vendredi et samedi à la tribune de la COP28, à Dubaï.
C’est la deuxième fois qu’un pays du Golfe accueille une COP, après le Qatar en 2012. Plus de 140 chefs d’États doivent se succéder vendredi et samedi à la tribune de la COP28, à Dubaï.AFP

C’est la base de la transition énergétique et climatique: utiliser plus efficacement l’énergie dont nous disposons. Et pourtant ce levier est encore trop négligé, estiment les experts, avant l’appel qui devrait être lancé samedi à la COP28 pour doubler le rythme des mesures d’«efficacité» d’ici 2030 de 2% à 4%.

«Efficacité énergétique»: de quoi s’agit-il?

C’est consommer «moins d’énergie pour un même service rendu par un appareil ou une technologie», explique-t-on chez Enerdata, bureau d’études spécialisé dans l’énergie. A ne pas confondre avec la sobriété, liée à des changements de comportement (par exemple baisser son chauffage à 19°C).

«Plus nous consommerons notre énergie de manière efficace et moins il nous faudra investir en panneaux solaires, en nucléaire ou en réseaux»

Brian Motherway, expert à l’Agence internationale de l’énergie (AIE)

Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), gagner en efficacité énergétique permettrait de parcourir la moitié du chemin vers la neutralité carbone en 2050: c’est la première brique de la transition, le «first fuel» (premier carburant).

«Souvent les gouvernements n’y accordent pas assez d’importance», dit à l’AFP Brian Motherway, l’expert du sujet à l’AIE. Or, elle sera essentielle pendant cette cruciale décennie en cours: «plus nous consommerons notre énergie de manière efficace et moins il nous faudra investir en panneaux solaires, en nucléaire ou en réseaux».

La crise de 2022, un tournant?

Le sujet a fait un retour fracassant en 2022 avec la crise énergétique et la flambée des prix de l’énergie. Les investissements dans la rénovation de bâtiments, les transports publics ou les infrastructures pour véhicules électriques ont augmenté l’an dernier de 16% par rapport à 2021, à 560 milliards de dollars. Autre levier, plus de 25 pays ont lancé des campagnes de sensibilisation du public.

2023 a vu une légère inflexion, soulignait l’AIE mercredi. En cause, l’inflation et la hausse des taux d’intérêt ont ralenti les investissements dans l’efficacité, quand les températures record faisaient exploser l’achat de climatiseurs et la consommation électrique, de l’Asie jusqu’au Texas.

«Il faut que les gouvernements s’accordent pour doubler les progrès dans l’efficacité d’ici 2030»

Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)

L’AIE juge cependant la tendance installée, mais insuffisante: des mesures existent dans les Etats (représentant trois quarts de l’économie mondiale), les normes industrielles se développent... mais c’est inégal et irrégulier.

A la COP28, «il faut que les gouvernements s’accordent pour doubler les progrès dans l’efficacité d’ici 2030, pour passer de +2% par an à +4%», dit le directeur de l’AIE, Fatih Birol, évoquant «un signal» nécessaire pour les marchés, les investisseurs, les industriels... L’enjeu est économique, et climatique: doubler c’est éviter 7 milliards de tonnes de CO2, l’équivalent des émissions actuelles du transport.

Où sont les marges de progrès?

«Partout!» répondent les spécialistes. Les bâtiments tertiaires représentent par exemple en France un tiers de la consommation électrique en hiver. Selon RTE, gestionnaire du réseau à haute tension, ils pourraient «faire 20% d’économies sans d’énormes efforts», avec «un peu de prise de conscience et de la gestion technique».

Autre exemple, doter tous les éclairages d’ampoules LED aux Etats-Unis permettrait d’économiser l’énergie nécessaire à alimenter 3 millions de véhicules électriques par an, ou à chauffer 2,6 millions de foyers équipés de pompe à chaleur, selon l’AIE.

L’industrie, frappée de plein fouet par l’inflation énergétique, s’est emparée du sujet. En revanche, les PME ont plus de difficultés: or, sur la décennie à venir, elles représentent 70% des économies potentielles dans l’industrie, selon l’AIE.

Doter tous les éclairages d’ampoules LED aux Etats-Unis permettrait d’économiser l’énergie nécessaire à alimenter 3 millions de véhicules électriques par an.
Doter tous les éclairages d’ampoules LED aux Etats-Unis permettrait d’économiser l’énergie nécessaire à alimenter 3 millions de véhicules électriques par an.unsplash

La climatisation est un autre enjeu. «D’ici 2050, 10 climatiseurs seront achetés chaque seconde. Mais le climatiseur moyen acheté aujourd’hui est littéralement deux fois moins efficace que le meilleur» disponible, note Brian Motherway.

Comment faire?

Pour Jean-Pascal Tricoire, président du groupe Schneider Electric, poids lourd de la gestion de l’énergie, la réponse est technologique. Dans le bâtiment, «digitalisation» et «domotique» permettent d’économiser 30% d’énergie, dit-il, notamment parce que l’utilisateur suit de près sa consommation et est «responsabilisé». Idem quand la production est plus décentralisée, ajoute-t-il: «en Europe, si on équipait tous les toits équipables en solaire, on pourrait diminuer l’impact sur les besoins électriques de 20%».

L’enjeu de l’efficacité est particulièrement fort dans les pays émergents et en développement, qui accueilleront l’essentiel de la croissance démographique attendue. L’Afrique et l’Inde devraient construire 100 milliards de m2 de bâtiments dans les 30 prochaines années.

On construit encore beaucoup «avec des niveaux d’efficacité énergétique très faibles», et les occupants de ces bâtiments seront les premiers à en souffrir, souligne M. Motherway. «Même des normes de base qui n’augmentent pas nécessairement le coût de la construction feraient une énorme différence».

(AFP)

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