Les coulisses du rachat«Vous fusionnerez avec UBS et le direz dimanche, ce n’est pas une option»
Le «Financial Times» raconte dans un article le thriller politico-économique qui s’est produit en coulisses lors des trois jours qui ont précédé l’annonce.

L’article publié lundi soir par le «Financial Times» donnera des idées aux producteurs de films et de séries à suspense. Il décrit les quatre jours haletants qui ont abouti à la fusion d’UBS et de Credit Suisse, dimanche. Un trio était à la baguette: Karin Keller-Sutter, la BNS et la Finma. Cette «trinité», comme l’écrit le journal britannique, a quasi contraint les deux banques à accepter l’accord.
Mercredi, le couteau sous la gorge
«Vous allez fusionner avec UBS et vous l’annoncerez dimanche avant l’ouverture des marchés asiatiques. Ce n’est pas une option», ont annoncé les autorités suisses aux hauts dirigeants de Credit Suisse, mercredi dernier en même temps qu’elles leur annonçaient les premiers 50 milliards de soutien de la BNS.
Dès jeudi, quand les deux banques ont commencé à voir l’inévitable issue se dessiner, une armada de conseillers et d’avocats ont bossé pour préparer le «deal». Mais, sans quasiment jamais se parler en face à face. La «trinité» des autorités suisses faisait l’intermédiaire, avec Karin Keller-Sutter comme «figure clé».
«Ils bottaient le cul des Suisses»
Un conseiller d’UBS raconte que la ministre des Finances était sous pression: selon lui, les Américains et les Français «étaient en train de botter le cul aux Suisses» pour les pousser à sauver Credit Suisse et éviter une crise mondiale. Et alors que les négociations auraient commencé de manière cordiale, bien vite, la Suisse serait devenue «plus agressive» au fur et à mesure que les heures passaient.
En même temps, les sorties de fonds de Credit Suisse bondissaient et certains estimaient que la banque ne pourrait tout simplement pas ouvrir normalement le lundi sans sauvetage. Une intervention de la multinationale américaine BlackRock, le vendredi, n’a rien donné et le scénario d’une nationalisation non plus.
Samedi, malaise chez Credit Suisse
Le samedi, le président du conseil d’administration de Credit Suisse Axel Lehmann a écrit à UBS directement pour faire part de «l’extrême gêne» des plus gros actionnaires de Credit Suisse à l’idée que la banque soit avalée dans un contrat «opaque» et sans possibilité de vote.
C’est là qu’UBS a dégainé sa première offre d’un milliard et que le Conseil fédéral a préparé la législation d’urgence pour contourner le vote des actionnaires. Fureur chez Credit Suisse, qui refuse. UBS augmente alors sa mise mais exige des garanties de la Confédération en échange.
Dimanche, des détails à la hâte
Le dimanche, les heures ont défilé et «les deux banques ne se sont quasiment pas rencontrées en face à face alors que leurs bureaux sont côte à côte sur la Paradeplatz», écrit le journal. Tout s’est alors passé très vite et des ajouts au contrat ont été faits pour qu’il puisse être signé. Ouf de soulagement de Karin Keller-Sutter quand elle a appris que les deux banques allaient signer. Puis a été organisée la conférence de presse à Berne. La suite reste à écrire.